L’Aut’gauche : qui divise quoi?

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La « gauche de QS » (je ne sais plus trop comment l’appeler!) n’a pas tardé à réagir violemment au manifeste L’Aut’gauche. On a un peu l’impression d’avoir crevé un abcès.

Dans un premier temps, on a opposé un déni presque complet face au portrait que fait le manifeste de cette faction de gauche. Il faut dire que le genre littéraire d’un manifeste ne permet guère les nuances. On refuse aussi d’admettre que QS tend à monopoliser le progressisme et à le réduire à la défense des identités particulières. Paul Cliche va même jusqu’à considérer que les thèmes de partage de la richesse, de démocratie libérale et de libération nationale sont des thèmes de la gauche classique qui négligent les enjeux sociaux actuels (sans doute les enjeux identitaires). Plusieurs n’ont pas hésité à procéder aux excommunications et au salissage.

Mais le reproche le plus courant est celui de vouloir diviser la gauche et le vote de gauche. « Le manifeste de L’Aut’gauche fait le jeu de la droite en divisant plutôt que rassemblant » écrit Paul Cliche.
C’est une question bien compliquée et à double tranchant. Je dirais que le manifeste considère plutôt qu’en enfermant la gauche dans une position anti-identitaire et anti-péquiste rigide, la gauche de QS réduit et écarte la gauche citoyenne progressive comme force politique et condamne la gauche à la marginalité. Yann Roshdy écrit assez justement je pense: « Tant et aussi longtemps que QS monopolisera le discours progressiste québecois tout en scindant le discours souverainiste en deux, nous n’aurons comme alternative aux libéraux que la CAQ. »

Le manifeste ne crée pas la division des forces progressistes : celle-ci existe déjà. La grande majorité des citoyens progressistes ne se reconnaît pas dans le discours anti-identitaire et anti-nationaliste de ceux qui prétendent incarner la gauche. L’objectif du manifeste est de briser ce monopole et de redonner une voix politique à la gauche citoyenne dans son ensemble. Le manifeste ne prône pas la division : au contraire, il plaide en faveur d’un regroupement des forces progressistes autour d’un embryon de programme commun axé avant tout sur la démocratie, la souveraineté du peuple et de l’État, l’égalité de tous grâce une citoyenneté québécoise assumée, définie par le peuple lui-même (et non par un parti quelconque), dans un processus constituant non partisan. Il va de soi que la démocratie économique et la transition écologique doivent constituer les préoccupations premières de ces forces progressistes, non à la manière de Marx ou de Staline, mais à la lumière des dérives dévastatrices du système économique néo-libéral actuel.

D’ailleurs, l’intention des auteurs du manifeste n’est pas de fonder un parti, ni même un mouvement organisé pour le moment, ni surtout de proposer une autre offre électorale pour la prochaine élection. Le vote est déjà suffisamment divisé comme ça. L’intention est d’abord de redonner confiance à ces forces citoyennes progressistes qui ont décroché de la politique et de les inciter à se réengager politiquement autour d’un projet politique citoyen. Dans le cadre de la présente campagne électorale, on souhaite que ces citoyens fassent pression sur les partis en place, QS comme PQ, pour faire avancer ce projet commun et contrer les politiques anti-sociales des Libéraux et de la CAQ. L’élection donnera sûrement l’heure juste sur l’avenir du PQ et de QS : il sera alors plus facile de voir quelles seront les meilleures façons de promouvoir un projet politique démocratique commun.

Roméo Bouchard

À propos de Roméo Bouchard

A étudié en philosphie, histoire et sciences politiques, tour à tour professeur en philosophie et communication à Jonquière, Montréal et Rivière-du-Loup, journaliste à la pige et à la CSN, agriculteur biologique et agent de développement local et régional à Saint-Germain-de-Kamouraska, co-fondateur de l’Union paysanne, de la Coalition pour un Québec des Régions et de la Coalition SOS-Pronovost, auteur de plusieurs ouvrages sur l’agriculture paysanne, le développement et l’autonomie des régions, les enjeux écologiques et la démocratie.

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