Des atomes crochus avec Éric Martin

Dans la recension qu’il fait du dernier ouvrage de Éric Martin (Un pays en commun, socialisme et indépendance au Québec) dans L’Action nationale, François-Olivier Dorais écrit : « la parution de ce livre est à mettre en relation avec la publication du manifeste de « L’Aut’gauche » dont le contenu semble en avoir repris certaines idées directrices. ».

Il s’agit en fait d’une convergence des idées. Le livre de Éric Martin part lui aussi de la dénonciation d’une « polarisation croissante du débat public entre deux postures : d’un côté, les « nationalistes conservateurs » de droite, qui défendent l’identité collective sans référence à quelque contenu social et, de l’autre, une gauche progressiste, antiraciste et multiculturaliste, acquise à un projet social, critique de la société néolibérale et peu encline à répondre des enjeux d’insécurité culturelle et identitaire. »

Éric Martin, comme l’Aut’gauche -je cite Pierre-Olivier Dorais- « estime que pour exister et s’épanouir, la liberté doit impérativement s’enraciner dans un monde commun hérité….et que c’est encore à l’échelle de la communauté nationale, fut-elle imparfaite dans sa capacité à reconnaître sa pluralité constitutive, que l’émancipation doit s’envisager. Sans pour autant l’ériger en absolu, la nation reste encore à ses yeux ce « lieu concret » à partir duquel peut se réaliser une médiation féconde entre le particulier et l’universel. Tâche exigeante, s’il en est une, et peut-être davantage pour une frange de la gauche québécoise qui, très influente dans le débat public, a tendance à renvoyer la nation et l’indépendance au rang des hérésies particularistes.  Martin plaide en faveur de l’avènement d’une « république indépendante, internationaliste et écosocialiste du Québec, construite en solidarité avec les Autochtones et offrant la pleine citoyenneté et égalité politique aux femmes et aux minorités culturelles » (p. 193). Ce projet républicain de « libération nationale et sociale » est à entendre comme une actualisation de l’« alliance anticoloniale » des années 1960 et 1970, qui souhaite combiner l’optique de la décolonisation avec l’anti-impérialisme, la remise à l’ordre du jour d’une conscience de classe, la démocratisation économique, le féminisme, les combats linguistiques, les luttes antiracistes, le syndicalisme de combat et le souci d’un esprit internationaliste. »

La « pleine citoyenneté » est aussi, dans le manifeste, le lien qui nous unit tous comme Québécois. Le livre de Éric Martin a reçu un très bel accueil : le vent souffle de nouveau dans ce sens. Lecture inspirante.

Roméo Bouchard

About Roméo Bouchard

A étudié en philosphie, histoire et sciences politiques, tour à tour professeur en philosophie et communication à Jonquière, Montréal et Rivière-du-Loup, journaliste à la pige et à la CSN, agriculteur biologique et agent de développement local et régional à Saint-Germain-de-Kamouraska, co-fondateur de l’Union paysanne, de la Coalition pour un Québec des Régions et de la Coalition SOS-Pronovost, auteur de plusieurs ouvrages sur l’agriculture paysanne, le développement et l’autonomie des régions, les enjeux écologiques et la démocratie.

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