L’Aut’gauche est-elle populiste?

Dans un brillant article dans Le Devoir de vendredi, 9 mars, Christian Rioux réfléchit sur l’usage qu’on fait du mot populisme en ce moment. Il en distingue deux usages: un premier pour désigner en vrac tous les mouvements, de droite comme de gauche, qui bousculent les formations politiques traditionnelles; un deuxième, qui est une sorte de refus instinctif de la mondialisation heureuse qu’on veut nous imposer. Dans cette deuxième acception, sa description du populisme rejoint d’assez près le discours du manifeste de L’Aut’gauche. Le besoin d’enracinement des citoyens ordinaires est particulièrement bien cerné. À vous d’en juger:

” Les fractures qui sommeillaient au sein des blocs qui réglaient traditionnellement la vie politique éclatent au grand jour, faisant exploser les partis de gouvernement qui sur l’Europe, qui sur l’immigration, qui sur la laïcité. Il en va du Parti socialiste français et de Forza Italia comme du Parti québécois.

Ces nouveaux clivages semblent en effet échapper aux partis traditionnels. Comme s’ils étaient incapables de voir poindre la résistance populaire spontanée à une mondialisation sauvage présentée, non seulement comme inévitable, mais comme la seule et unique morale de notre époque. Pour ne pas dire la seule incarnation du bien et de l’« ouverture à l’autre ». Or, contrairement à ses élites mondialisées, le peuple, lui, n’a pas vraiment le choix de demeurer attaché à ses quartiers, à ses villages, à ses traditions, à sa culture, à sa famille et à sa nation. Bref, à un mode de vie hérité de l’histoire et qu’il n’entend pas voir liquider au nom d’un universalisme abstrait, fût-il moral ou économique.

On voit donc surgir des mouvements, certes souvent erratiques et parfois même dangereux, mais attachés à une politique conçue non pas comme la recherche universelle du bien, ce qui devrait être l’objet de la religion, mais comme la défense des intérêts des citoyens d’une nation donnée à une époque donnée. « L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine », disait la grande philosophe Simone Weil. Or, ajoutait Péguy, « les patries sont toujours défendues par les gueux et livrées par les riches ».

Une certaine gauche universitaire et médiatique cherche à se rassurer en brandissant les vieilles catégories politiques du fascisme et de l’extrême droite pour éviter surtout d’entendre ce que disent ces électeurs qui ont le grand défaut de lui échapper. Elle n’exprime ainsi que son désarroi face à un monde qui n’entre plus dans les catégories d’hier.”

 

Roméo Bouchard

About Roméo Bouchard

A étudié en philosphie, histoire et sciences politiques, tour à tour professeur en philosophie et communication à Jonquière, Montréal et Rivière-du-Loup, journaliste à la pige et à la CSN, agriculteur biologique et agent de développement local et régional à Saint-Germain-de-Kamouraska, co-fondateur de l’Union paysanne, de la Coalition pour un Québec des Régions et de la Coalition SOS-Pronovost, auteur de plusieurs ouvrages sur l’agriculture paysanne, le développement et l’autonomie des régions, les enjeux écologiques et la démocratie.

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