Le monopole de l’UPA, un frein à la transition écologique en agriculture

Dans l’ouvrage que je publie aux éditions VLB et La Vie agricole et qui sera en librairie le 28 mars,  je pense avoir démontré que le monopole de représentation que détient l’UPA depuis la Loi de 1972 a fini par lui permettre de contrôler l’ensemble du secteur agricole et des politiques agricoles et enfermer notre agriculture, notre alimentation et notre territoire dans une camisole de force où tout est prévu pour favoriser la grosse entreprise intégrée et les multinationales de l’agroalimentaire, y compris les multinationales coopératives de chez nous, la Coop fédérée, Agropur, etc. Les autres types d’agriculture ne reçoivent que des miettes et des belles paroles.

Cet état de chose rend presqu’impossible la transition écologique urgente que doit entreprendre notre agriculture, comme en témoignent les dossiers qui se multiplient : l’usage massif des pesticides et des antibiotiques, les gaz à effet de serre émis par l’agriculture industrielle, particulièrement les élevages bovins, le bien-être animal, l’effet des quotas spéculatifs sur la concentration des entreprises agricoles, le financement des intégrateurs par les assurances agricoles et, de façon générale, le peu d’ouverture et de soutien des institutions agricoles envers une agriculture écologique et de proximité, une agriculture locale et territoriale.

L’agriculture productiviste fonce sur un mur et la seule association accréditée pour parler au nom des agriculteurs et des citoyens à ce sujet, l’UPA, est elle-même profondément engagée dans l’agriculture des multinationales. Une prise de conscience du grand public est indispensable pour débloquer cette situation qui nous affecte tous et exiger de nos politiciens qu’ils modifient la Loi de 1972. Le Québec, sur ce point, a déjà 10 ans de retard sur beaucoup de pays européens.

Il ne s’agit pas d’abolir l’UPA comme syndicat, mais d’abolir son monopole sur la représentation et la contribution des agriculteurs. La recommandation 47 du Rapport Pronovost est somme toute modérée et équilibrée. Elle ne vise pas à détruire l’UPA, ni à priver les agriculteurs disséminés sur le territoire d’une force syndicale pour les protéger et les soutenir. La commission propose, pour le bénéfice d’une agriculture plurielle et une meilleure représentation de tous les agriculteurs, de redonner aux agriculteurs la liberté de choisir entre plusieurs associations accréditées tout en maintenant, pour des raisons d’efficacité et de rapport de force, l’obligation d’adhérer et de cotiser à l’une d’entre elles. Et elle propose des moyens simples pour mettre ce pluralisme syndical en place : le choix du syndicat se ferait tous les 5 ans, lors de l’inscription officielle comme producteur agricole, et c’est la Régie des marchés qui auraient la tâche d’accorder ou retirer l’accréditation d’un syndicat ainsi que de collecter et redistribuer la cotisation syndicale.

Roméo Bouchard

À propos de Roméo Bouchard

A étudié en philosphie, histoire et sciences politiques, tour à tour professeur en philosophie et communication à Jonquière, Montréal et Rivière-du-Loup, journaliste à la pige et à la CSN, agriculteur biologique et agent de développement local et régional à Saint-Germain-de-Kamouraska, co-fondateur de l’Union paysanne, de la Coalition pour un Québec des Régions et de la Coalition SOS-Pronovost, auteur de plusieurs ouvrages sur l’agriculture paysanne, le développement et l’autonomie des régions, les enjeux écologiques et la démocratie.

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