CAQ – PQ : retours sur une analyse datant de deux ans

Qu’est-ce qui a changé depuis 2 ans? Eh bien les intentions de vote envers le PQ se sont amenuisées. Une frange de l’électorat francophone en provenance du PLQ s’est jointe à la fraction de l’électorat péquiste qui l’a déserté dans les couronnes urbaines et dans plusieurs régions pour se fondre dans la CAQ. Une part substantielle de l’électorat francophone réalise donc progressivement cette alliance énoncée en 2016 (voir texte plus bas) en y coalisant les électeurs issus des deux grands partis. La CAQ ressemble donc de plus en plus à la renaissance d’une Union nationale version XXIe siècle. D’un nationalisme tempéré, les sympathisants caquistes réagissent néanmoins fortement au courant multiculturaliste importé du Canada anglais et teintant des partis comme le NPD, le PLC, le PLQ et QS. Un courant où l’on perd de vue l’ensemble au profit des seules identités particulières. Pratico-pratique, ce parti apparaît en phase avec une classe moyenne vivant au rythme de l’American way of life, et qui n’entend pas remettre en question ce qu’elle considère comme un acquis inamovible.

Pourtant, ce parti aurait à gagner en renouant avec ce qui a fait la force du Québec depuis des générations: le sens de l’entraide et de l’appartenance à une communauté. Ces valeurs sont fortement prégnantes au sein de l’électorat féminin et expliquent en partie leurs réticences envers le parti de François Legault. Elles se sont incarnées depuis plus d’un siècle dans le déploiement des caisses populaires, des mutuelles d’assurances, des coopératives agricoles, forestières et plus récemment dans les secteurs du travail, des garderies et de l’habitation.

De deux choses l’une, ou bien, la CAQ recadre son positionnement idéologique en abandonnant l’idée d’en faire un copier/coller de celui profondément individualiste des États-Unis et du Canada anglais, en prenant acte que cette nation francophone se distingue du reste de l’Amérique du Nord par l’importance qu’elle accorde à son appartenance à un groupe plus large qu’une seule collection d’individus, ou bien elle abandonne au PQ la défense et l’illustration de cette appartenance au risque de voir fondre ses appuis. Cette différence est bien expliquée dans ce clip accessible à http://lempreinte.quebec/valeurs-vehiculees-par-la-publici…/

Il m’apparaît que la balance du vote lors de la prochaine élection risque d’être fortement teintée par cette thématique y agissant de manière sous-jacente. Qui du PQ ou de la CAQ saura le mieux l’exploiter?


6 avril 2016 · 

Pourquoi une alliance CAQ-PQ?

Nonobstant certaines différences idéologiques, une alliance du PQ avec la CAQ se traduirait dans des régions clés par des gains importants permettant d’envisager un gouvernement majoritaire. Mais autant la CAQ que le PQ se présentant seul ne vont faire que le jeu du PLQ, divisant encore le vote francophone.

Par ailleurs, il est erroné de croire que la CAQ soit néolibérale, c’est plus le parti des PME que des multinationales. C’est le parti des régions et non des grands centres. C’est la Beauce et non pas le Plateau. Elle est plus près du développement local que de la globalisation des marchés. Les sympathisants de la CAQ sont des pragmatiques, ayant une vue enracinée dans leur milieu. Mais est-ce mieux d’entretenir une vision très globale et détachée du “plancher des vaches” comme certains idéologues très en vue dans des cercles dits progressistes? Les caquistes se fondent dans une strate sociologique présente au Québec depuis des décennies et qui compose au moins le cinquième de la population francophone.

Sur le plan politique, elle s’est incarnée autant dans le Crédit social que le Ralliement national, l’ADQ ou la CAQ. Elle s’est parfois fondue dans de plus grands ensembles politiques comme l’Union nationale, le Parti québécois de René Lévesque ou même à certains moments le Parti conservateur. Elle compose une part substantielle de ce que Pierre Drouilly a déjà appelée “le ventre mou du Québec” car géographiquement les limites de cette zone à la frontière des USA forment comme une sorte de “bédaine” de la carte du Québec.

Enfin, il m’apparaît assez illusoire de croire que le PQ puisse redevenir le véhicule politique de ceux qui l’avaient rallié à sa fondation en 1968 en provenance du Ralliement national. Leurs successeurs l’ont quitté, le trouvant sans doute trop “montréalisé” pour se donner dans un premier temps l’ADQ, puis la CAQ. Ce n’est pas demain la veille qu’ils y reviendront. Il faut savoir l’accepter et trouver l’intérêt supérieur qu’une telle réalité commande.

Pourquoi rechercher, au-delà du remplacement d’un régime usé, une telle alliance? Parce qu’il y a des enjeux que nous devons relever, dont celui de mettre un terme à la gabegie libérale qui ne fait que nous appauvrir collectivement. Puis, il y a l’enlisement du statut politique du Québec et sa lente assimilation au cadre constitutionnel “canadian”. Pour s’en sortir, ça va prendre minimalement une majorité à un référendum sur une troisième voie rencontrant les aspirations d’une pluralité de Québécois: quelque chose comme un statut particulier pour le Québec. Si le Québec reçoit, suite à une consultation populaire gagnante, une fin de non-recevoir du Canada, les Québécois sauront en tirer les conséquences et alors ils prendront une décision finale: soit de devenir indépendant, soit d’accepter le statu quo.

Enfin, il y a un dernier enjeu qui concerne cette fois la préservation, voire le renforcement du “modèle québécois”. Nous sommes un peuple qui accorde de l’importance au “vivre ensemble” et non pas des jusqu’au-boutistes adeptes du “chacun pour soi” comme trop de nos voisins du Sud. Il faut préserver cette qualité dont nous avons hérité par le métissage culturel avec les premières nations. Car elle risque d’être une clé nous permettant de faire face aux crises qui guettent notre civilisation d’ici la fin du siècle.

Pierre-Alain Cotnoir

À propos de Pierre-Alain Cotnoir

Je me définis comme un coopérateur. Je suis présentement président de la Maison de la coopération du Montréal métropolitain coop de solidarité; président de la Coop de solidarité WEBTV ; je siège en tant qu’administrateur à la Fédération des coopératives d’habitation intermunicipale du Montréal métropolitain (FECHIMM) et au Conseil régional de l’environnement de Montréal.

Voir tous les articles de Pierre-Alain Cotnoir

Laisser un commentaire