Un manifeste-frère sur la démondialisation : oui mais!

Ce manifeste, signé par une cinquantaine de personnalités militantes, est un frère de notre manifeste de l’Aut’gauche à certains égards. Il s’en prend à la mondialisation actuelle parce qu’elle ne finit pas de supprimer aux États, aux communautés régionales et locales et au peuple en général toute prise sur les décisions collectives. Il prône également une coopération entre les peuples qui respecte la souveraineté et le bien commun de chacun d’entre eux. Enfin, il propose de grandes orientations similaires aux nôtres soit de construire le pouvoir avec les gens d’en bas, de se réapproprier la souveraineté, de démocratiser l’économie, de développer la coopération internationale.

La démondialisation suppose un processus qui demande de sortir du régime, des institutions, de la constitution et du droit canadien, afin de refonder de nouvelles institutions démocratiques. La démondialisation nous amène à repenser l’indépendance d’une nouvelle manière: il ne s’agit pas de répéter les années 1960-1970, mais de prendre les moyens de développer de nouvelles capacités et de nouvelles forces afin que le peuple du Québec et les peuples autochtones puissent reprendre le pouvoir d’agir en commun qui leur a été confisqué

Manifeste-frère sans doute. Cependant le texte est surtout centré sur le diagnostic de la démondialisation à telle altitude de généralisations qu’il sous-tend qu’il vaut pour toutes les sociétés partout et dans le même registre. Cela a de quoi exaspérer car ce manifeste ignore complètement les mouvements sociaux et le rapport de forces au Québec aujourd’hui en 2018 à partir de notre histoire sociale et politique des 50 dernières années comme nous l’avons bien nommé dans notre manifeste. La seule mention des « gens d’en bas » sans plus, notion ambigüe s’il en est une, va dans le même sens. Le capitalisme n’est pas aussi omniprésent si nous sommes aux ÉU ou dans les pays scandinaves, en Algérie ou au Costa Rica. Conclusion : cette « démondialisation » doit être revue et corrigée à la lumière du Québec d’aujourd’hui qui bouge, qui se mobilise (la gauche citoyenne notamment). Car si on ne parle pas du rapport de forces au Québec, de l’État social québécois, des mouvements sociaux québécois…nous sommes alors tous plus ou moins mondialement des automates prédéterminés dépendant tous de la même façon des multinationales. Proximité sur le plan intellectuel…et idéologique. Sur le plan politique, tout reste à voir, le politique étant le lot…des rapports entre différentes forces sociales.

Manifeste québécois pour la démondialisation

Manifeste québécois pour la démondialisation

Louis Favreau

À propos de Louis Favreau

Louis Favreau, sociologue et directeur de la Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC-UQO), organisateur communautaire engagé dans le développement du mouvement communautaire de la fin des années 60 jusqu’à aujourd’hui. Également engagé dans une solidarité internationale de soutien à des organisations de pays du Sud (groupements paysans, coopératives, associations de femmes). Auteur de plusieurs ouvrages sur le développement communautaire, le syndicalisme, les coopératives, la transition écologique et la solidarité internationale.

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