Le naufrage de SLAV et la victoire de la petite gauche dogmatique: un lourd prix à payer!

Ne pas avoir fait participer pleinement les noirs à un spectacle de chants d’esclaves noirs, c’est peut-être avoir raté une belle occasion de leur donner une meilleure représentation culturelle, mais ce n’est pas un crime qui mérite l’intervention de l’inquisition et la peine capitale. Que je sache, le droit de parole de ces opposants n’a pas été brimé et il n’y a pas au Québec de racisme militant envers les Afro-Québécois.

Mais céder bêtement à une poignée de protestataires, la plupart du temps intransigeants, blancs pour la plupart et même anglophones (drôles de faiseurs de leçons!), qui utilisent à tort et à travers une notion d’appropriation culturelle qu’ils ont eux-même créée, qui ne représentent clairement aucune protestation de masse sauf la leur, c’est accorder un pouvoir dangereux à des groupes radicaux qui défendent des minorités sans tenir compte des droits et des valeurs communes de l’ensemble d’une population et contribuent à morceler la citoyenneté en autant de causes et de chapelles qui s’imposent par la force. C’est ouvrir la porte à l’arbitraire, à la violence, à radicalisation et surtout, à l’éclatement de la citoyenneté et des communautés.

Je me permets de reproduire l’avertissement que nous avons formulé dans le Manifeste de l’Aut’gauche qui devient chaque jour plus opportun:

“Une certaine vision de gauche a pris beaucoup de place ces dernières années dans le débat public. On l’entend un peu partout, à Montréal surtout, chez les jeunes intellectuels, dans les médias, dans les manifestations, à Québec solidaire, dans les organismes de défense des droits de la personne, chez certains groupes d’étudiants universitaires, à la Fédération des femmes du Québec…

Elle est multiculturelle et préoccupée par les minorités ethniques, culturelles, linguistiques, religieuses et sexuelles, au mépris parfois des majorités; elle ne jure que par la charte canadienne des droits de la personne, au point parfois d’ignorer les droits collectifs, et même, de juger discriminatoires des dispositions de la loi 101, ou d’éventuelles lois sur la laïcité qui limiteraient le port des signes religieux et du voile islamique, ou même la liberté d’expression lorsqu’elle est jugée offensante pour les minorités culturelles ou religieuses; elle défend même le voile intégral, et, du même coup, l’intégrisme islamique.

Se voulant inclusive, elle pourchasse le racisme systémique, l’islamophobie, la xénophobie, le suprématisme mâle blanc, [ L’APPROPRIATION CULTURELLE], la catho-laïcité, qu’elle voit partout et qu’elle associe trop facilement et de manière démagogique à toute conviction nationaliste ou identitaire.
…..
Le discours de cette gauche multiculturelle tente d’imposer une nouvelle rectitude politique et crée un immense malaise parmi les forces progressistes. L’intransigeance et le dogmatisme moral de plusieurs inclusifs blesse beaucoup de Québécois et de Québécoises attachés à leur peuple, en plus de détourner l’attention de problèmes importants pour l’ensemble de la population. En réalité, cette gauche divise et exclut plus qu’elle ne rassemble et inclut.

Nous devons tous lutter contre les discriminations et les gestes haineux envers les minorités ethniques, culturelles, religieuses ou sexuelles, contre le sort inacceptable fait aux nations autochtones et contre les inconduites et les injustices envers les femmes, mais nous pouvons et devons le faire sans perdre de vue les besoins et les injustices que vivent quotidiennement l’ensemble des Québécois comme individus, comme familles et comme peuple, et sans accuser injustement la grande majorité d’entre eux qui sont de bonne volonté, tolérants, ouverts et solidaires.

Cette « gauche multiculturelle, inclusive et post-nationale » est loin d’être la seule ni la plus représentative, ni la plus nombreuse. Nous l’avons vu, il existe une autre gauche, une gauche sociale, citoyenne et démocratique, composée de milliers de citoyens progressistes, allumés, engagés dans leur milieu partout au Québec.

Il est temps que cette « gauche citoyenne et démocratique populaire » sorte de l’ombre, qu’elle prenne la parole et trouve sa place sur la scène politique.”

Ce à quoi il faut travailler, ce n’est pas une société des identités particulières mais une société de citoyens égaux et solidaires. Avant tout, on est tous des êtres humains et des Québécois.

Pour lire le manifeste en entier: lautgauche.com

Roméo Bouchard

À propos de Roméo Bouchard

A étudié en philosphie, histoire et sciences politiques, tour à tour professeur en philosophie et communication à Jonquière, Montréal et Rivière-du-Loup, journaliste à la pige et à la CSN, agriculteur biologique et agent de développement local et régional à Saint-Germain-de-Kamouraska, co-fondateur de l’Union paysanne, de la Coalition pour un Québec des Régions et de la Coalition SOS-Pronovost, auteur de plusieurs ouvrages sur l’agriculture paysanne, le développement et l’autonomie des régions, les enjeux écologiques et la démocratie.

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