Élections 2018 et transition énergétique : l’expérience danoise, une référence pour avancer

Image Wikipédia : Windkraftanlagen Dänemark

On aurait au Québec 50% de la volonté politique et 50% de la capacité d’intervention (plan d’action) que ce pays scandinave réalise en matière d’énergie que ce serait presque un « miracle ». La notion de « développement durable » sert de référence dans ses grands principes mais elle est devenue un mot-valise qui ne se traduit pas nécessairement par une mise en route avec un plan d’action et des échéances. Or c’est ce qu’il faut examiner de près au cas par cas. Le Danemark a un véritable plan d’action qui a pris forme dès les années 1970. Fin 2014, le gouvernement danois annonçait en effet qu’à l’horizon 2050, les énergies renouvelables représenteront 100 % de l’énergie totale du pays. La différence avec le Québec et le  Canada, c’est qu’ils les Danois l’ont mis en marche pour de vrai. Description du plan et de son évolution depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui dans un court article de la revue française Sciences humaines :

Le Danemark est le premier pays au monde à avoir mis en place une politique énergétique nationale planifiée sur le long terme. L’objectif : diversifier les sources d’énergie tout en réduisant fortement la consommation. L’origine de ce plan remonte à 1973. Le premier choc pétrolier touche alors de plein fouet l’Europe, et particulièrement le Danemark. Le pétrole représente alors 92% de sa facture énergétique nationale. La première décision a été de mettre en place une politique nationale permettant de modifier les structures de production, de distribution et de consommation des différents acteurs énergétiques. Ce dispositif avait pour particularité d’engager un vaste débat démocratique associant les citoyens, le parlement, les chercheurs et les acteurs économiques.

En 1996, après trois plans énergétiques, la dépendance au pétrole est retombée à 50%. La diversité énergétique s’appuie notamment sur la cogénération dans les villes et villages (49% du chauffage et 48 % de l’électricité), le développement de l’industrie éolienne (4 % de la production électrique) et l’utilisation de la biomasse (bois, paille, biogaz, incinération des déchets), tout en conservant quelques centrales à charbon et à gaz.

Plan énergétique après plan énergétique, les Danois ont dépassé les objectifs du protocole de Kyoto visant à réduire les gaz à effet de serre (GES). « En 2008, les émissions de GES du Danemark représentent 9,9 tonnes de CO2 par habitant, alors qu’elles s’élèvent encore à 12 tCO2/ hab. en 1995, ce qui représente une baisse de 25 % des émissions de GES. » De plus, la puissance énergétique (qui traduit le potentiel de production) est couverte à 55% par des centrales de cogénération et 26 % par les parcs éoliens.

Reste une grande marche à franchir pour atteindre 100 % d’énergie renouvelable. À l’issue d’un cycle de 40 séminaires organisés par l’association des ingénieurs danois, un modèle détaillé de ce que pourrait être la structure énergétique du pays est élaboré. Il s’appuie notamment sur l’exemple de la petite île danoise de Samsø. Indépendante de toute énergie fossile et nucléaire depuis 2007, elle fait figure de laboratoire pour l’ensemble du Danemark. Le gouvernement a donc décidé en 2014 de lancer une politique volontariste mettant en œuvre les préconisations de l’association des ingénieurs. La liste des réformes et des mesures très concrètes à prendre est longue mais on peut citer la fermeture des dernières centrales à énergie fossile, le doublement des capacités éoliennes, le report de 50 % des transports routiers de marchandises vers le rail et le fluvial, l’achèvement du remplacement des carburants fossiles à parts égales entre les biocarburants, l’hydrogène et l’électricité ; la réduction de 50% de la demande électrique dans l’habitat et de 30 % dans l’industrie, ou encore la diminution de 50 % des besoins de chauffage des bâtiments (isolation), etc. Quand ce qui paraissait une utopie se transforme en objectif…

Louis Favreau

À propos de Louis Favreau

Louis Favreau, sociologue et directeur de la Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC-UQO), organisateur communautaire engagé dans le développement du mouvement communautaire de la fin des années 60 jusqu’à aujourd’hui. Également engagé dans une solidarité internationale de soutien à des organisations de pays du Sud (groupements paysans, coopératives, associations de femmes). Auteur de plusieurs ouvrages sur le développement communautaire, le syndicalisme, les coopératives, la transition écologique et la solidarité internationale.

Voir tous les articles de Louis Favreau

Laisser un commentaire