Élections 2018 : le défi écologique, les partis de gauche et la gauche citoyenne

Énergies renouvelables en Afrique, Photo Wikicommons

Pour un optimisme de combat, réponse à mon ami Pierre-Alain Cotnoir

Mon cher Pierre-Alain, que voilà un beau débat que tu soulèves ! Mais ma réaction immédiate a été la suivante : « Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté » disait le grand dirigeant du mouvement ouvrier des années 1920-1940, Antonio Gramsci, face à la montée fulgurante du fascisme en Europe (Allemagne, Italie, Espagne, Japon…). Sauf que dans ton texte, Pierre-Alain, tu as le pessimisme de l’intelligence, autrement dit la lucidité qui s’impose mais presque le fatalisme de Harvey Mead qui ne croit plus aux mouvements sociaux depuis un moment. J’en ai déjà discuté avec lui lors d’un panel à l’Université Laval et lors d’échanges personnels. Quand tu vas jusqu’à dire à des étudiants : « Ne faites pas d’enfants, il est trop tard » (rapporté par le prof. François Delorme dans Le Devoir du 5 septembre intitulé Les illusions perdues). Harvey Mead participe de ce courant écologique de la catastrophe finale. Or une des erreurs de ce courant et donc d’une partie des écologistes est de désespérer le monde en leur montrant uniquement ce qui va mal. La majorité des médias amplifient d’ailleurs ce phénomène. Effet démobilisateur par excellence. Mais si on ne montre pas ce qui avance, on désespère le monde. Bref je plaide pour un optimisme de combat en sachant que les pronostics sévères sur l’avenir de la planète sont fondés. Mais en recherche, il y a toujours une part d’incertitude. Le pire n’est jamais sûr ! Et en sachant que des mobilisations existent bel et bien mais qu’on ne les connaît très peu.

Pour ma part je pense que la transition écologique est déjà en marche un peu partout au Québec et dans le monde et qu’il faut cesser de regarder le Québec dans cette bataille sans se situer un tant soit peu à l’échelle du monde des changements sociaux. J’ai vu, par exemple, au Sénégal 90 villages pilotés par une fédération de groupements paysans de 5 000 membres passer au solaire avec un peu d’aide de la coopération internationale française pour développer un atelier de panneaux solaires et les 90 villages se doter de mutuelles d’épargne et de crédit afin d’acheter ses panneaux solaires (opération sur une décennie). J’ai vu ici des dizaines de coopératives forestières québécoises faire leur virage écologique et faire en sorte que la main d’oeuvre de ces coopératives de travail deviennent des planteurs d’arbres, des cueilleurs des résidus de la forêt pour alimenter au biogaz (énergie renouvelable) des systèmes de chauffage d’hôpitaux et d’écoles dans le Bas-St-Laurent, etc. (Favreau et Hébert 2012).

Le problème, c’est la politique des petits pas tant des partis que des organisations. Et la bataille contre un adversaire diffus : la force d’inertie et le sentiment d’impuissance que nous alimentons nous-mêmes en ne parlant que de ce qui ne fonctionne pas. Bref tant que nous n’avons pas de solutions crédibles, réalistes et réalisables – et inscrites dans un plan d’ensemble -, personne ne bouge ou ne bougera. Je propose donc que partout où nous sommes, nous posions la question suivante aux élus municipaux (plus sensibles à la chose) et aux candidats des partis politiques du Québec (et demain aux candidats des élections fédérales) :

Étant donné que l’urgence climatique (qui provoque canicules, inondations et sécheresses et en bout de ligne des problèmes majeurs de santé, à quand un grand programme public du gouvernement du Québec, public et commun à l’ensemble des ministères concernés, un grand programme, dis-je, d’INVESTISSEMENT VERT avec son budget propre, servant à sortir des hydrocarbures, à s’affranchir des pesticides, à soutenir les énergies renouvelables, à encourager les économies d’énergies en matière d’habitation et une agriculture durable au profit des territoires, de l’emploi local et de la santé des familles?

Quant aux deux partis politiques du Québec qui évoluent à gauche mais dont on sait qu’ils n’iront chercher que 30 % du vote, séparément en plus, mais peut-être surtout qu’il s’agit de deux gauches très probablement irréconciliables et pour longtemps (sur plein de questions dont la laïcité, la question nationale, la politique d’immigration et que sais-je encore), je porte davantage mes espoirs sur la gauche citoyenne qui évolue dans des mouvements de toute sorte pour faire avancer la transition : syndicats et fonds de travailleurs, le « communautaire » de l’agriculture urbaine, des coopératives agricoles, forestières, d’habitation et j’en passe comme nous l’avons fort bien exprimé dans notre manifeste commun de l’Aut’Gauche et comme le dit si bien la journaliste du Devoir Aurélie Lanctôt dans sa dernière chronique à savoir que le défi écologique n’est pas une variable parmi d’autres mais « la trame qui sous-tend l’ensemble des délibérations publiques, dans toutes les sphères d’intervention de l’État »

Crier au fond d’un puits

Crier au fond d’un puits

www.ledevoir.com

Louis Favreau

À propos de Louis Favreau

Louis Favreau, sociologue et directeur de la Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC-UQO), organisateur communautaire engagé dans le développement du mouvement communautaire de la fin des années 60 jusqu’à aujourd’hui. Également engagé dans une solidarité internationale de soutien à des organisations de pays du Sud (groupements paysans, coopératives, associations de femmes). Auteur de plusieurs ouvrages sur le développement communautaire, le syndicalisme, les coopératives, la transition écologique et la solidarité internationale.

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