La citoyenneté comme réponse à la diversité

J’étais l’invité aux Nouveaux salons politiques qu’organise Dominique Uhde, professeur de philosophie au Cégep Garneau, chez lui à Limoilou, dans un des logements de la coopérative d’habitation installée dans les premiers locaux des viandes Lafleur.

Nous y avons discuté de nos réactions au Québec face à l’augmentation de la diversité, plus particulièrement, de la division profonde de la gauche sur ce sujet, avec comme conséquence le champs libre aux partis de droite qui s’acharnent à démanteler ce qui a fait du Québec une société distincte à tout point de vue.

Même si plusieurs des participants (une quarantaine) étaient des sympathisants de QS, tous ont convenu que la solution n’était pas dans le multiculturalisme ni une sorte de société qui érige les identités particulières en absolu, mais dans le renforcement de la citoyenneté québécoise qui nous est commune. La citoyenneté québécoise, c’est l’ensemble des références communes que nous avons, que nous partageons tous également et solidairement.

Au cours des échanges, j’ai mieux compris l’importance de définir quelles sont ces références communes qui font de nous tous des Québécois: la langue et la culture française québécoises, la laïcité, la solidarité sociale, l’esprit égalitaire, l’égalité homme-femme, la tolérance, l’attachement à notre territoire, la cohabitation avec les Premières nations, l’ouverture au monde, la volonté de participer aux décisions, les identités régionales, l’esprit d’indépendance, la nordicité, etc..

Une jeune étudiante au secondaire nous a illustré jusqu’à quel point, en raison du fonctionnement du système scolaire en ce moment, les jeunes n’ont pratiquement plus aucunes références communes: chaque prof, chaque école à ses choix, et l’esprit de dialogue qui prévaut aboutit au relativisme le plus total touchant les opinions et les identités particulières. Et le cours d’Éthique et culture religieuse (ECR) s’inscrit généralement dans cet esprit.

On a mieux compris aussi qu’une constitution issue du peuple est un outil indispensable pour définir le contenu commun de cette citoyenneté qui doit nous unir et nous permettre non pas d’assimiler la diversité mais de l’intégrer sans la nier. L’absence d’une constitution démocratique et vivante explique en partie notre tendance à la fragmentation identitaire.

Plusieurs ont aussi fait remarquer que cette tendance à la fragmentation de notre société est le résultat délibéré des maîtres de l’économie capitaliste actuelle qui visent à faire de nous strictement des consommateurs et à nous faire oublier que nous sommes d’abord des citoyens.

La conclusion naturelle de cette réflexion, c’est que si nous voulons sortir de la division et de la paralysie des forces progressistes et ne pas nous laisser dévorer par l’atomisation que recherche notre système de consommation, il nous faut ré-enraciner le Québec, particulièrement la jeune génération, renforcer nos références communes, la conscience de notre citoyenneté québécoise grâce à laquelle nous sommes tous égaux et solidaires et nous doter d’une constitution bien à nous qui définisse justement ces références communes.

L’élection actuelle risque d’être une dure leçon pour la division des forces progressistes et de démontrer l’urgence de les rassembler autour d’une plateforme commune centrée sur la démocratie, la citoyenneté, la solidarité sociale, la transition écologique et l’autonomie de l’État et des communautés locales, régionales et urbaines qui le composent.

La meilleure réponse à la diversité croissante de notre société ne serait-elle pas le renforcement de notre citoyenneté, de ce que nous avons et voulons avoir de commun?

Roméo Bouchard

À propos de Roméo Bouchard

A étudié en philosphie, histoire et sciences politiques, tour à tour professeur en philosophie et communication à Jonquière, Montréal et Rivière-du-Loup, journaliste à la pige et à la CSN, agriculteur biologique et agent de développement local et régional à Saint-Germain-de-Kamouraska, co-fondateur de l’Union paysanne, de la Coalition pour un Québec des Régions et de la Coalition SOS-Pronovost, auteur de plusieurs ouvrages sur l’agriculture paysanne, le développement et l’autonomie des régions, les enjeux écologiques et la démocratie.

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