La question de l’urne

Au cours de cette campagne électorale qui s’étiole pour quelques jours encore lamentablement, les défis découlant de la crise écologique ont été tassés sous le tapis. Les grands partis se sont empressés de dérouler une liste de “cadeaux” soi-disant pour les familles, la classe moyenne, les contribuables jusqu’à plus soif!

Dans un texte, intitulé “L’impasse”, publié dans la Tribune libre de ce site en février dernier, je faisais part des difficultés de mobilisation autour du défi de l’heure, or le seul parti qui en a reconnu l’urgence absolue c’est Québec solidaire.

Bon, certains diront que ce parti n’a pratiquement aucune chance de former le prochain gouvernement, je leur réponds: le PQ pas plus. Nous allons donc devoir subir à compter d’octobre un gouvernement bien campé dans la droite la plus hypocrite. Entre Couillard et Legault, c’est comme devoir choisir entre Charybde et Scylla. Pire, diront les cyniques, avec la division présente du vote francophone, chaque vote quittant la CAQ pour le PQ donne de l’espoir aux libéraux de Sagard et de Power Corp. Pourtant il me semble qu’on les a assez vus; je ne dis pas que les caquistes seront mieux, mais ce sera comme changer de l’emprise du St-James Club pour celui de la chambre de commerce de Ste-Pétronille ou de St-Georges de Beauce. Donc face à ce fiasco électoral annoncé, il est plus que temps de voter selon ses convictions.

L’anthropocène ne se résume pas à une vision de l’esprit imaginée par des écolos gauchistes, même le secrétaire général de l’ONU tire la sonnette d’alarme! Car les crises qui s’annoncent feront passer les signes avant-coureurs actuels du dérèglement climatique pour des peccadilles.

De Nicolas Hulot à Harvey Mead en passant par Yves Cochet, Cyril Dion, Pablo Servigne ou encore Hubert Reeves pour n’en nommer que quelques-uns, tous s’entendent pour dire que l’actuel système économique nous mène tout droit vers la catastrophe. Aucun ne se prétend communiste ou marxiste. Pourtant, ils dénoncent tous la même cause, celle-ci portant pourtant un nom: le capitalisme. Ne pas prendre au sérieux leurs avertissements, c’est se fermer les yeux afin de défendre un système économique toxique. Le livre “The Limits to Growth” publié en 1972 nous avertissait déjà que, dans la première moitié du XXIe siècle, ce système ne jurant qu’à la croissance en viendrait à s’effondrer, or nous y sommes presque. Ne pas le voir, c’est regarder pas plus loin que le bout de son nez.

François Delorme, professeur d’économie de l’environnement à l’Université de Sherbrooke et collaborateur du GIEC, dans les pages du Devoir le 5 septembre dernier reconnaissait en ces termes les défis auxquels nous faisons face :

” Et même là, Hulot n’y croit plus. Le problème est à la racine, nous dit-il, et cette racine, c’est l’économie de marché. La recherche constante du profit, la magnification perpétuelle de la concurrence, ce modèle dominant du libéralisme débridé où le consumérisme fait office de religion, tout cela se révèle un cancer pour l’environnement. Et alors que nous devrions subordonner toutes nos décisions à l’état de l’environnement, nos politiciens se complaisent dans de lamentables arbitrages qui ne visent qu’à gagner une poignée de votes dans une circonscription. Le Québec subit cinq canicules en un seul été et nous nous extasions devant la bonification des chèques à la naissance d’enfants ou devant les lunchs promis dans les écoles. Dérisoire électoralisme. La Colombie-Britannique brûle pendant que cinq provinces canadiennes remettent en cause la tarification du carbone comme mesure d’atténuation des changements climatiques. Lamentables reculs.

Hulot n’y croit plus. Moi non plus. « On a besoin d’une profonde introspection sur la réalité du monde », disait-il. Je regarde mes étudiants, dont certains proposent la voie de la décroissance économique ou d’une croissance limitée comme seule planche de salut au plus grand défi auquel le monde est confronté. Et on les traite d’utopistes quand c’est notre monde actuel qui incarne l’utopie de la satisfaction illimitée des besoins dans un monde aux ressources limitées.”

Aussi, la seule formation politique qui actuellement remet en question la prééminence de ce système économique demeure Québec solidaire. Ce parti n’est pas communissss ou chochialissss, il place au cœur de son programme la nécessaire transition économique en proposant également une troisième voie, celle dont Edgar Morin disait en 2011: « Elle constituerait, à côté de l’économie de profit et de l’économie d’État, la troisième voie entre le tout-marché et le tout-État, celle de l’économie sociale et solidaire des mutuelles, coopératives, entreprises citoyennes, du micro-crédit, du commerce équitable ». Et plus loin d’ajouter : « Ces initiatives visent à produire, consommer, employer, épargner et décider autrement, de manière plus respectueuses des hommes, de l’environnement et des territoires. »

Aussi le seul parti capable d’élire des députés et reconnaissant qu’il s’agit de “la question de l’urne” demeurant Québec solidaire, mon vote ira vers lui.

Pierre-Alain Cotnoir

À propos de Pierre-Alain Cotnoir

Je me définis comme un coopérateur. Je suis présentement président de la Maison de la coopération du Montréal métropolitain coop de solidarité; président de la Coop de solidarité WEBTV ; je siège en tant qu’administrateur à la Fédération des coopératives d’habitation intermunicipale du Montréal métropolitain (FECHIMM) et au Conseil régional de l’environnement de Montréal.

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