Pour un vrai débat et une vraie plateforme politique progressiste

Durant le premier débat des chefs, on n’a parlé que de maintenance et de micro-gestion des services publics, mais très peu de politique proprement dite.

Une approche de maintenance s’en tient à discuter de chiffres, des détails, de court terme, de mécanismes, plus de ceci, plus de cela, moins de cela….
Une approche politique part d’un diagnostic de la situation et des besoins pour proposer un plan d’action et les choix à faire.
Par exemple:

DÉMOCRATIE: notre système démocratique va mal et les gens y ont perdu confiance. Mode de scrutin, rôle des partis, partisanerie de l’assemblée nationale, imputabilité de l’exécutif, intégrité, transparence, croisement des juridictions provinciales et fédérales, souveraineté du Québec, citoyenneté commune, langue et culture commune: tout a été ébranlé ces dernières années par l’influence des grandes firmes mondiales et l’idéologie multiculturaliste sur nos gouvernements, notre économie et notre culture. Nous voulons entreprendre une révision de l’ensemble du processus démocratique pour permettre au peuple et aux communautés locales et régionales d’exercer leur souveraineté, et ça, seul un processus constituant peut le faire: ça n’appartient pas à un parti.

SANTÉ: notre système souffre d’une trop grande centralisation et est pris en otage par les médecins: nous voulons redéployer l’ensemble des ressources de la santé dans les communautés et autour des services de première ligne, ce qui veut dire revenir à l’idée première des CLSC et de la prise en charge de la santé par la communauté.

ÉDUCATION: l’idée d’une école accessible pour tous comme fondement de notre société, chère à la Révolution tranquille, est aujourd’hui mise à mal par les coûts de toutes sorte, la fragmentation du système en écoles privées, publiques, spécialisées, confessionnelles, les disparités régionales, etc.: nous voulons rétablir la gratuité et l’égalité de l’éducation pour tous, l’éducation laïque et citoyenne, et faire des écoles le coeur vivant de la communauté et de la vie culturelle, à commencer par le réseau des CPE qui doit incarner le soin absolu que nous prenons de nos enfants.

ENVIRONNEMENT: nos efforts pour combattre les gaz à effet de serre, la pollution, la destruction des sols et de la diversité, la surexploitation de nos ressources non renouvelables ont été jusqu’ici lents et inefficaces au total: devant le peu de temps qu,il nous reste pour limiter les catastrophes et nous préparer à y faire face, nous voulons établir un véritable plan d’urgence pour une transition écologique qui devra toucher tous les secteurs de la vie économique, de la publicité, de la consommation, de la production agricole et de l’aménagement du territoire, et impliquer tous les intervenant publics et privés.

ÉCONOMIE: notre économie nationale est minée par le libre-échange, la compétition internationale, la concentration économique qui détruisent l’autonomie des communautés et des états: nous voulons procéder à un plan de relocalisation, de déconcentration et de démocratisation et de réappropriation de notre économie, privilégier l’autosuffisance alimentaire partout sur le territoire, l’économie de partage, l’économie circulaire et la primauté des besoins essentiels, dans le cadre d’un plan rigoureux de transition écologique.

SOLIDARITÉ SOCIALE: le système économique néo-libéral a creusé les inégalités entre les peuples, les régions, les communautés ethniques, les riches et les pauvres à un niveau explosif, et il a érodé les structures de solidarité sociale dont nous nous étions dotés, au profit de la privatisation et du principe de l’utilisateur-payeur: nous voulons développer une fiscalité économique et écologique qui nous permette de rétablir l’équité et la solidarité dans le partage des revenus et assurer à tous un revenu garanti de citoyenneté et un accès égal aux services et à l’environnement qui sont essentiels au développement harmonieux de tous et chacun.

CITOYENNETÉ: la diversité, l’immigration et le métissage sont devenus des données incontournables de nos sociétés pluralistes et branchées: nous voulons établir clairement les références communes de la citoyenneté québécoise qui fait de chacun de nous des citoyens égaux et solidaires, comme la langue, la culture et l’histoire québécoises, les principes de la laïcité et de l’égalité homme-femme, les droits des Premières nations et des minorités – et en assurer la transmission par l’école et la culture- revoir nos politiques d’immigration en fonction de nos capacités et de nos moyens d’accueil, et mener une lutte à toutes les formes de discrimination tout en permettant aux identités particulières de s’exprimer et de contribuer à l’identité commune.

Au bout du compte, on a une idée de ce que pourrait faire une gauche citoyenne unie autour d’un projet de démocratie éco-responsable.

Et ça, ça ne se fait pas en demandant à Mme Chagnon de poser une question, ni en demandant aux chefs combien d’immigrants exactement ils veulent accepter.

Roméo Bouchard

À propos de Roméo Bouchard

A étudié en philosphie, histoire et sciences politiques, tour à tour professeur en philosophie et communication à Jonquière, Montréal et Rivière-du-Loup, journaliste à la pige et à la CSN, agriculteur biologique et agent de développement local et régional à Saint-Germain-de-Kamouraska, co-fondateur de l’Union paysanne, de la Coalition pour un Québec des Régions et de la Coalition SOS-Pronovost, auteur de plusieurs ouvrages sur l’agriculture paysanne, le développement et l’autonomie des régions, les enjeux écologiques et la démocratie.

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