Qui est le plus vert? Comparaison des plateformes électorales du PQ et de QS

On a vu, lu et entendu en ce début de campagne électorale QS et le PQ s’en prendre à la voiture à combustion interne ou si vous préférez le char qui marche à la gazoline. Qu’en disent leurs plateformes électorales respectives :

Plateforme du PQ 2018 à la page 47 :

Un État fort pour donner un élan aux transports électriques

  • Électrifier 100 % des autobus scolaires d’ici 2030;
  • Installer 2000 bornes de recharge rapide d’ici 2020;
  • 50 % des véhicules légers vendus au Québec en 2030

devront être rechargeables (PHEV ou EV);

  • 100 % des véhicules légers vendus au Québec en 2035

devront être rechargeables (PHEV ou EV).

Par contre, on ne trouve nulle mention de l’intention d’interdire les véhicules à essence dès 2030 dans la Plateforme de QS. J’ai beau avoir cherché, nenni pas un mot dans ce document de QS. Donc d’où sort cet engagement? Serait-ce de la surenchère faite à partir d’une lecture du programme du PQ?

Quoi qu’il en soit, le problème ne réside pas simplement dans la source énergétique utilisée, mais plutôt dans le mode de déplacement privilégié, c.-à-d. la possession individuelle d’un véhicule utilisé en moyenne 6% du temps, généralement en mode auto solo. Aussi, je place un espoir aussi mince, soit-il, dans cette disruption annoncée par Tony Seba, prospectiviste de l’université Stanford comme quoi la voiture individuelle deviendra aussi obsolète d’ici 2030 que les calèches le devinrent au début du XXe siècle. Selon Seba, cette rupture fera alors passer rien qu’aux USA la flotte de voitures de 230M à 28M. Bref que la combinaison de plusieurs facteurs tant technologiques qu’énergétiques nous mènerons vers des modes partagés de déplacement. Évidemment, il faudra tabler aussi sur les modes de transport actif et collectif en complémentarité à cette disruption.

Même si je dis bravo pour de telles initiatives, il faudrait plus de radicalité. Car il faut s’attaquer à la racine de cette catastrophe annoncée mettant en péril l’avenir de l’humanité. Quand je lis un Marc Durand, géologue émérite, ayant dénoncé la mystification pétrolière de l’île d’Anticosti, écrire dans un commentaire que son « vote ira à ceux qui se présenteront comme autre chose qu’un brontosaure ou un tyrannosaure », je ne peux qu’être d’accord avec lui, mais…

… je doute fort que l’agora politique d’une capitale de province, condamnée à l’être encore pour au moins plusieurs années sinon pour toujours, puisse constituer la scène d’où pourra s’amorcer le virage requis. Les politiciens mêmes les plus déterminés deviennent vite pusillanimes quand faisant face à la grogne des électeurs, ils osent tenter des remises en question pourtant possiblement salutaires. Songez: cela fait plus d’un demi-siècle que la question nationale est au cœur du débat politique avec peu de conséquences pour la vie quotidienne des gens, sinon d’avoir inscrit un X lors d’un référendum, alors imaginez l’effort demandé pour changer de récit commun, changer de mode de vie!

Pour cette très grande majorité née alors que ce mode de vie issue de la deuxième Grande Guerre devenait un nouveau récit, pensé et promu par les GM et les Exxon de ce monde, « The American way of life is not up for negotiations. Period.», comme l’a clamé si haut et si fort George Bush en 1992. Aussi, il faut être prêt à qu’ils en défendent bec et ongles le maintien jusqu’à la dernière extrémité… comme dans le film Matrix pour ceux qui ont opté pour la petite pilule bleue!

Alors, il faut s’attendre à ce qu’ils se tournent vers ceux qui leur promettent de défendre ce conte duquel ils sont devenus accros. Des politiciens qui, contre toute vision à long terme, leur promettront son maintien coûte que coûte. Faudra-t-il pour cela détruire entièrement les autres acquis, sacrifier l’intérêt collectif au profit de l’intérêt privé, bazarder le climat et l’environnement pour extraire jusqu’à la dernière goutte de pétrole?

C’est pourquoi que ce sont Nicolas Hulot ou Harvey Mead (il faut lire Trop tard, la fin d’un monde et le début d’un nouveau) qui ont raison, peu importe le parti, si le peuple ne désire que le maintien d’un mode de vie déjà condamné, l’on s’en va tout droit sur un mur. Il faut de toute urgence remettre en question ce système économique qui ne carbure qu’à faire de l’argent avec de l’argent et qui pour y arriver a besoin d’une croissance sans limites. Les politiciens au cours de cette élection québécoise déclinant bêtement leurs rengaines économistes, oubliant l’urgence écologique, ne font que nourrir d’illusions des électeurs qui rêvent encore de V.U.S., de banlieues s’étendant sans cesse, de vacances par avion, etc. La gabegie énergétique et matérielle apparaît ainsi au plus grand nombre comme allant de soi, comme étant normale… même si elle ne demeure accessible qu’à un humain sur sept.

Pierre-Alain Cotnoir

À propos de Pierre-Alain Cotnoir

Pierre-Alain Cotnoir se définit comme un coopérateur. De 1975 à aujourd’hui, il s’est impliqué dans de nombreuses coopératives comme la Coopérative étudiante Durocher, la Caisse populaire de l’UQAM, la coopérative à fins sociales Café des Moissons, la Coopérative d’habitation du Châtelet, la FECHIMM, la CQCH, la CDRML, Cooptel, la MC2M, la Coop ADAPTE, et bien sûr la Coop de solidarité WebTV. Détenteur d’un doctorat en éthologie, il s’intéresse plus particulièrement à la transmission des traits culturels et aux dynamiques de changement en regard des différences culturelles telles qu’elles se manifestent dans les attitudes, les pratiques, les valeurs et les modes de vie présents au sein d’une population.

Voir tous les articles de Pierre-Alain Cotnoir

Laisser un commentaire