Écologie et partis politiques (tous confondus) et le budget de l’État : le non-dit de la dernière élection

Des 20 ministères du gouvernement du Québec, le ministère du Développement durable (MDDELCC) du Québec est le dernier de cordée quant à son financement. Une véritable catastrophe : 0,2% du budget de l’État québécois. Vous avez bien lu c’est un cinquième de 1%. De plus une étude parue dans le magazine Actualité du mois de septembre le classait bon dernier des 20 ministères quant à sa gestion jugée parmi les plus cancres (plan de travail indéfini et pas de cibles véritables à atteindre). Dans mon livre sur le mouvement communautaire (PUQ 2017) et ses enjeux socio-écologiques je disais que ce ministère avait ce financement de 0,2% mais que celui de la santé allait chercher plus de 40% du budget total.

Pourquoi ? 1) parce que nous n’avons pas encore compris la forte liaison entre santé et environnent ; 2) et parce que la conception de notre médecine qui est au fondement de ce divorce est radicalement dépassée. Elle ne fait presqu’uniquement que de la réparation et ne s’attaque pas à construire une prévention qui pourrait être centrée sur l’alimentation et la pollution. Elle est axée surtout sur le traitement médicamenteux et non sur le mode de vie (en priorité ici l’alimentation).

Ceci dit L.-G. Francoeur, une référence au Québec s’il en est une en matière d’environnement, met le doigt sur une question majeure : les quatre partis en présence au Québec ont pratiqué « le déni de l’importance de politiques de prévention musclées en environnement ». En d’autres termes, il signale que c’est un ministère qui n’a pas de budgets appropriés, un nombre suffisant d’employés, des dents pour mordre, a un problème avec le « Fonds vert qui est un véritable bar ouvert » et que c’est le vide sur le front de la biodiversité.

Bref à court terme la première et prioritaire mobilisation collective pour planifier notre transition sociale-écologique serait d’obtenir un véritable budget d’État pour ce ministère, budget adossé à l’urgence de construire un grand programme d’investissement public en faveur de la transition écologique. On peut même aller plus loin en créant un super-ministère à la manière d’un ministère de la guerre – parce que c’est une guerre – version moderne du gouvernement Churchill au moment de la 2e guerre mondiale. Ou plus près de nous, un ministère de la Transition écologique et solidaire, façon française de la période Nicolas Hulot. Le PQ pendant la campagne électorale véhiculait une idée semblable en proposant que ce soit la prérogative du premier ministre lui-même. Il n’est pas interdit de rêver dans cette direction…Et soit dit en passant les revendications des groupes écolos sur le budget de l’État est de 1% du budget global de l’État (versus 25% de 1%), ce qui m’apparaît bien timide aujourd’hui compte tenu des récents travaux du GIEC qui concluaient cette semaine à la nécessité d’une « transition rapide et de grande portée ». C’est la première fois qu’on ose aller jusque-là aussi fortement. Article à lire ou relire : Francoeur dans la rubrique Idées du Devoir du 27 septembre dernier (et l’édito de J-R Sansfaçon aujourd’hui, 10 octobre).

Les enjeux occultés de la gestion environnementale

Les enjeux occultés de la gestion environnementale

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Louis Favreau

À propos de Louis Favreau

Louis Favreau, sociologue et directeur de la Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC-UQO), organisateur communautaire engagé dans le développement du mouvement communautaire de la fin des années 60 jusqu’à aujourd’hui. Également engagé dans une solidarité internationale de soutien à des organisations de pays du Sud (groupements paysans, coopératives, associations de femmes). Auteur de plusieurs ouvrages sur le développement communautaire, le syndicalisme, les coopératives, la transition écologique et la solidarité internationale.

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