Mouvements sociaux, partis politiques à gauche et élections au Québec : ma réflexion le lendemain de la veille

À partir de l’édito de Bryan Miles du Devoir ce matin, j’y vais de ma réflexion personnelle sur l’événement politique d’hier : 1) « La politique ne fédère plus l’agora citoyenne autour de projets collectifs d’avenir ». Très juste ! 2) Pourquoi? « Les partis doivent composer avec leur époque, marquée par la fragmentation du social et du politique, sous l’effet combiné de la mondialisation, mais surtout de la révolution numérique ». Assurément! 3) « L’action politique n’est pas morte, bien au contraire ». Oui mais elle est moins inscrite dans la mouvance des partis ; 4) En fait elle s’exerce surtout dans les initiatives citoyennes et tout particulièrement celles qui croisent justice sociale et urgence écologique, ce que nombre de mouvements sociaux, dans la foulée de la prise de conscience des enjeux écologiques, ont commencé à prendre véritablement au sérieux. D’où que l’on peut affirmer que la transition écologique est déjà là : dans des syndicats, chez nombre d’agriculteurs, dans le mouvement coopératif et dans le mouvement communautaire…Ce qui n’était pas le cas il y a à peine une décennie. Au sein de la gauche politique non plus, au PQ comme à QS.

En d’autres termes, le gouvernement Legault risque fort de face à des mouvements en alerte qui ne le ménageront pas. Voilà quatre repères importants à prendre en compte. J’en ajoute un cinquième: ladite société civile, mieux nommée par la notion de « mouvements sociaux », risque cependant d’être sur la défensive. Je pense au mouvement communautaire (menace sur son financement public), au syndicalisme agricole (menace sur la gestion de l’offre de la nouvelle ALENA) et au mouvement syndical (menace sur les emplois dans les services publics notamment), mouvements qui chercheront à mobiliser sur des acquis sans cesse compromis par les politiques annoncées de la CAQ comme ce fut le cas face aux mesures d’austérité du gouvernement Couillard. Sauf probablement les plus influentes organisations écolos qui ont, en tant qu’organisations, une bonne indépendance, i.e. des moyens autres que celui du financement public pour faire avancer les choses.

Dans un autre ordre d’idées, la gauche de tout horizon enregistre une défaite politique majeure avec l’arrivée d’une CAQ en pleine forme et majoritaire doublée d’une assemblée nationale très majoritairement pro-énergies fossiles, fédéraliste et favorable au « Tout au marché ». Le tout complété par une solide division au sein des souverainistes. Le « moment QS » risque d’être de courte durée parce que ce parti devra travailler à la recomposition de toute la gauche (si tant est qu’il n’y en qu’une) et donc sur différents types de convergence, ce qui n’a pas été jusqu’à maintenant sa tasse de thé. En tout état de cause, c’est surtout vers les initiatives citoyennes les plus déterminantes en matière de transition écologique et en matière de solidarité internationale (dossier complètement absent soit dit en passant sauf par le moyen détourné et très défensif des migrations) qu’il faut se tourner. Ce sont deux axes majeurs à l’aune desquels nous pourrons juger de la pertinence de l’action des partis politiques dans la prochaine décennie. Toutes tendances confondues d’ailleurs!

L’émergence du Caquistan

L’émergence du Caquistan

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Louis Favreau

À propos de Louis Favreau

Louis Favreau, sociologue et directeur de la Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC-UQO), organisateur communautaire engagé dans le développement du mouvement communautaire de la fin des années 60 jusqu’à aujourd’hui. Également engagé dans une solidarité internationale de soutien à des organisations de pays du Sud (groupements paysans, coopératives, associations de femmes). Auteur de plusieurs ouvrages sur le développement communautaire, le syndicalisme, les coopératives, la transition écologique et la solidarité internationale.

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