Entre deux pactes : migratoire ou écologique

Sylvie Woods | Montréal le 14 janvier 2019

La CSN, par la voie de son président M. Jacques Létourneau, interpellait M. Legault dans le journal Le Devoir récemment, afin qu’il maintienne le seuil migratoire élevé au Québec. Cette sortie médiatique nous informe sur l’effroi qui semble s’emparer des porteurs de badge «je suis progressiste» et «de gauche», lorsque l’un des paramètres de la croissance industrielle occidentale est remis en question. Avant Noël c’était Françoise David qui suppliait M. Legault dans ces pages, de faire offrande de la réunification familiale aux réfugiés du Québec et de ne pas baisser le seuil de l’immigration. Peu de temps avant, toujours dans les journaux, M. Nadeau-Dubois avait joint sa voix à celle de Justin Trudeau pour maintenir les seuils migratoires au Québec élevé. Et puis pour le nouvel an,  la CSN porte le flambeau de la croissance migratoire, au nom de qui et de quoi ? Toutes ces sorties médiatiques ont lieu au même moment ou l’ONU s’entendait avec le Canada, entre autres,  pour signer un pacte migratoire afin de favoriser le flux de «ressources humaines» dans les pays soi-disant «en manque de main-d’oeuvre». Manque de main-d’œuvre pour nourrir la croissance industrielle au moment où cette croissance décline dans les pays du G7.  Cette même croissance économique qui nourrit la crise climatique et transformera bientôt la terre en une étuve, nous prédisent les scientifiques. N’est-ce pas ce  qui a amené 250,000 Québécois à signer le Pacte de transition écologique peu avant Noël ? Cela n’empêche en rien la CSN d’être d’accord pour la production de pétrole (sale car pétrole de schiste) en Gaspésie, du moment que cela crée des emplois payants!  ET tout ce beau monde porté sur « le changement social» a signé le Pacte de transition écologique.  Chez l’humain, seuls le fantasme et  le rêve autorisent de franchir le principe de non-contradiction et de croire que tout est possible, comme d’associer le «développement durable» et l’exploitation de pétrole de schiste comme en rêve M.  Létourneau de la CSN. Dans la vraie vie, affirmer une chose et son contraire ou faire le contraire de ce que l’on pense relève de l’incohérence et d’une raison qui vacille. On dira chez de tels sujets qu’il y a coupure avec la réalité. Ce n’est pas une simple contradiction qui opère ici, entre le Pacte migratoire et le Pacte de transition écologique mais un refus de penser, de questionner «la religion industrielle» que nous pratiquons depuis plusieurs décennies au Québec et qui nous a amené à recycler nos croyances jadis chrétiennes. Pourtant plusieurs devront porter leur foi ailleurs que dans le mythe économique, l’effondrement des écosystèmes nous y conduit inéluctablement.

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