Le projet de loi 21, les droits individuels et les droits collectifs.

Dans la société, les droits individuels ne sont pas un absolu, car ils doivent être balisés par des droits collectifs. Nier ce fait, c’est sombrer dans l’individualisme et le chacun pour soi.

Le culte de droits individuels hypertrophiés est propre à la culture anglo-saxonne qui les porte aux nues, ne reconnaissant même plus les droits collectifs (au Canada, la lutte juridique soutenue à partir de 1977 par le gouvernement fédéral à l’encontre de la Charte du français du Québec en constitue un exemple flagrant), tant et tant qu’une première ministre comme Margaret Thatcher clamait qu’il n’existait rien de tel qu’une société. Pourquoi?

C’est qu’en droit d’origine britannique depuis la Magna Carta au XIIIe siècle, ce sont les droits individuels qui ont été portés sur un pinacle. Il n’existe rien de tel comme des droits collectifs. C’est d’ailleurs au nom de ces mêmes droits individuels qu’au XVIIe siècle la noblesse du Royaume-Uni s’est engouffrée dans “l’enclosure”, terreau du capitalisme moderne, en se reconnaissant des droits individuels sur les “communs” et en décidant de louer “ses terres” aux métayers en mesure d’assumer les loyers exorbitants demandés par ces “Lords”.

Plus près de nous, c’est prétextant de l’inexistence des droits collectifs en 2002 à Johannesburg en Afrique du Sud, 10 ans après le premier sommet de la Terre de Rio, que l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et les USA, tous héritiers de la même tradition juridique, s’opposèrent à la reconnaissance de droits collectifs… sur l’eau, l’air et la Terre-mère… au nom des droits individuels élargis des personnes physiques aux personnes morales (soit les compagnies et les multinationales)!

Quand l’on cherche la source de l’opposition entre ces deux visions du vivre-ensemble, il faut revenir à ces fondamentaux culturels. Ainsi, les heurts entre une vision portée par une majorité de Québécois francophones et une vision soutenue par une majorité “canadian” en découlent.

Je me répète, mais ce débat renvoie à l’importance qu’une culture accorde aux normes de son groupe d’appartenance qui peut être mesurée à l’aide de l’échelle individualisme-collectivisme. On peut en résumer ainsi les caractéristiques majeures: la dimension « collectiviste » décrit des personnes se définissant à partir d’éléments ou d’aspects d’un groupe d’appartenance, alors que la dimension « individualiste » décrit des individus se référant à des définitions centrées sur eux, indépendantes de leur appartenance à un groupe. Chez les « collectivistes », le comportement social s’explique par les normes et la perception des devoirs et obligations, alors que chez les « individualistes » le comportement social est mieux expliqué à partir d’attitudes personnelles. De nombreuses études ont relevé ces différences dont plus particulièrement celles menées par Grabb et Curtis publiées dans une monographie intitulée “Region apart : the Four Societies of Canada and the United States” (Oxford University Press, 2005). Celle-ci révèle qu’au Québec les francophones se distinguent de leurs voisins américains et canadiens-anglais en étant plutôt collectivistes alors que les anglophones présentent un profil « individualiste » générant des différences marquées au niveau des valeurs et des attitudes. Il ne faut alors pas se surprendre que si les francophones se montrent ouverts, dans les manifestations privées, aux différences par rapport au groupe, plusieurs d’entre eux s’offusquent toutefois pour citer un commentaire publié sur le site du Devoir: “quand il arrive des gens pour en imposer les règles dans les espaces et les institutions publiques, là ça va moins bien.” Bref quand les normes du groupe sont perçues comme étant altérées par ces manifestations. Comment faire pour dépasser cette perception? Sans doute en favorisant l’établissement d’une nouvelle norme consensuelle. Or c’est pourtant bien ce que recommandait Bouchard-Taylor dans son fameux rapport!

Pour avoir une illustration de cette différence d’attitudes, je ne saurais que recommander de visionner cette courte vidéo en montrant l’utilisation en publicité: http://lempreinte.quebec/valeurs-vehiculees-par-la-publicite/

Pierre-Alain Cotnoir

À propos de Pierre-Alain Cotnoir

Pierre-Alain Cotnoir se définit comme un coopérateur. De 1975 à aujourd’hui, il s’est impliqué dans de nombreuses coopératives comme la Coopérative étudiante Durocher, la Caisse populaire de l’UQAM, la coopérative à fins sociales Café des Moissons, la Coopérative d’habitation du Châtelet, la FECHIMM, la CQCH, la CDRML, Cooptel, la MC2M, la Coop ADAPTE, et bien sûr la Coop de solidarité WebTV. Détenteur d’un doctorat en éthologie, il s’intéresse plus particulièrement à la transmission des traits culturels et aux dynamiques de changement en regard des différences culturelles telles qu’elles se manifestent dans les attitudes, les pratiques, les valeurs et les modes de vie présents au sein d’une population.

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