La nation et le peuple québécois ne sont qu’une seule et même chose

Au lendemain de l’adoption de la loi sur la laïcité de l’État québécois, le Devoir semble se faire « un devoir » d’ouvrir ses pages toutes grandes, et sans réplique, aux opposants et aux faussetés qu’ils répètent sans la moindre retenue, genre :

« Personne ne devrait avoir à choisir entre sa religion et son emploi » [personne justement n’aura à le faire!] : le ministre canadien de la justice.
« C’est une atteinte aux droits fondamentaux » [les clauses dérogatoires ne font-elles pas partie des chartes?] : le même ministre de la justice.
« Cette loi m’indique que je ne fais pas partie de la société québécoise » [comment ça?] : Nourel Hak, l’étudiante qui poursuit.
« Un jour triste au Canada lorsque le racisme devient loi » [depuis quand la laïcité est-elle du racisme?] : Rachel Notley, ex-première ministre néo-démocrate d’Alberta.
« La CAQ érige la discrimination en système » [depuis quand la laïcité est-elle de la discrimination?] : le député canadien québécois Lightfoot.

Et le festival des faussetés et de la mauvaise foi : ce texte de l’avocat montréalais Éric Mendelsohn que le Devoir publie in extenso, lequel prétend que la loi 21 opère un virage constitutionnel sans précédent et dénature les chartes canadiennes et québécoises des droits, comme si c’étaient les chartes et non la souveraineté du peuple qui étaient le fondement de la démocratie et comme si ces deux chartes ne prévoyaient pas explicitement la possibilité de dérogation:

-charte canadienne, art. 33: « Le Parlement et toute législature provinciale peut adopter une loi où il est expressément déclaré que celle-ci ou une de ses dispositions a effet indépendamment d’une disposition donnée de l’article 2 [droits fondamentaux] ou 7-15 [droits juridiques] » [à noter qu’aucune condition n’est posée à l’utilisation de dérogation relativement aux droits indiqués];
-charte québécoise,
art. 9.1: « Les libertés et droits fondamentaux s’exercent dans le respect des valeurs démocratiques, de l’ordre public et du bien-être général des citoyens du Québec ».
art. 52: « Les lois ne doivent pas déroger aux droits fondamentaux, sauf dans la mesure où les articles le prévoient, à moins que cette loi n’énonce expressément que cette disposition s’applique malgré la charte ». [ici aussi, aucune condition).

La conclusion qu’en tire l’avocat est totalement arbitraire. Selon lui, la loi 21 « renonce à la notion inclusive du peuple québécois, remplacée par celle de la nation québécoise définie par ses caractéristiques propres incluant son attachement à la notion de laïcité », donc le nationalisme  canadiens-français de souche: ce faisant, selon lui, « la minorité anglophone et les minorités ethniques sont évincées du nous québécois ». Et comme beaucoup d’autres depuis quelque temps qui se mêlent de réécrire l’histoire pour les besoins de leur cause, il prétend qu’à l’inverse, la loi 101 était inclusive. Quel historien!!! Et quel logicien!!!

Tout d’abord, la nation et le peuple québécois sont une seule et même chose: il s’agit de cette collectivité sociale et politique issue du peuplement français, aujourd’hui concentrée sur territoire du Québec, qui parle français comme langue commune, et à laquelle se sont jointes, au cours des ans, des vagues d’immigrants qui s’intègrent progressivement à la nation ou peuple québécois, tout en conservant leur héritage d’origine. La loi 101 n’était pas plus inclusive ni exclusive des minorités anglophones et allophones que ne l’est la loi sur la laïcité: elle proclamait le français comme langue commune et langue obligatoire de l’éducation publique, sauf pour les enfants des anglophones nés et instruits au Québec en anglais. La clause Canada a élargi cette exception aux anglophones nés et instruits au Canada suite à des poursuites.

Cette distinction entre nation (comprise au sens ethnique) et peuple québécois est une invention pure et simple de ceux qui tiennent absolument à opposer les minorités aux Canadiens-français, à refuser le caractère distinctif de la société et de l’État québécois et à traiter les Québécois de racistes. Cette opposition n’existe pas comme telle. Il y a ici comme ailleurs des incidents et des zones de racisme, mais nationalité et la citoyenneté québécoises, en théorie et en pratique, incluent tous les Québécois, unis à la base par une langue et une culture commune. C’est la langue, à la base, qui crée le pays, la nation, le peuple, la citoyenneté. D’où l’importance de la francisation des immigrants et de leur intégration culturelle. La laïcité fait désormais aussi partie de cette nationalité et citoyenneté québécoises dans laquelle tous les citoyens québécois sont égaux et solidaires.

La laïcité n’est pas un refus de la diversité: elle ne fait qu’assurer la neutralité religieuse de l’État dans ses actions publiques en rapport direct avec les citoyens. Le Québec n’en tient pas moins pour autant à la diversité qui s’y manifeste de plus en plus, et à son intégration progressive à la nationalité et citoyenneté québécoises. Nous ne voulons pas d’une société compartimentée selon les appartenances ethniques ou religieuses: nous voulons une société de citoyens qui se reconnait dans une langue et un destin commun, tout en préservant l’héritable culturel de chacun. Il ne s’agit ni de nationalisme ethnique, ni de nationalisme civique, ni de néo-duplessisme, ni de post-nationalisme, ni de multiculturalisme, ni de défense des minorités, ni de société diversitaire : il s’agit de nationalité et de  citoyenneté québécoises, ouvertes sur le monde et la diversité, sur l’égalité de tous et la solidarité collective.

De toute évidence, l’article de cet avocat est de l’affabulation et de la mauvaise foi d’un bout à l’autre.

Roméo Bouchard

À propos de Roméo Bouchard

A étudié en philosphie, histoire et sciences politiques, tour à tour professeur en philosophie et communication à Jonquière, Montréal et Rivière-du-Loup, journaliste à la pige et à la CSN, agriculteur biologique et agent de développement local et régional à Saint-Germain-de-Kamouraska, co-fondateur de l’Union paysanne, de la Coalition pour un Québec des Régions et de la Coalition SOS-Pronovost, auteur de plusieurs ouvrages sur l’agriculture paysanne, le développement et l’autonomie des régions, les enjeux écologiques et la démocratie.

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