Que faire?

Que puis-je faire à ma mesure? Au-delà des actes personnels de réduction de mon empreinte carbone qui, avouons-le, demeurent cosmétiques par rapport aux défis posés, même si je ne possède plus d’automobile depuis 1982, même si je vis dans une coopérative multilogements, même si j’ai réduit ma consommation carnée, il n’en reste pas moins essentiel que ce sont des actions collectives qui doivent être posées.

Pour moi, la première d’entre elles consiste à semer des ferments culturels différents de ceux d’un capitalisme prédateur. C’est pourquoi je me suis investi dans la création de coopératives où la spéculation est absente où les actifs demeurent une propriété commune ne pouvant être dilapidée. Celle dont je suis le plus fier, c’est bien la Maison de la coopération du Montréal métropolitain (http://mc2m.coop) hébergeant une trentaine de locataires dont une majorité d’entreprises d’économie sociale. C’est pourquoi aussi que, plus récemment, je me suis impliqué dans la mise en place d’une fiducie d’utilité sociale agricole dans la municipalité rurale de Très-Saint-Rédempteur près de Rigaud afin de créer des communs dédiés à une alimentation de proximité saine et respectueuse du vivant.

Mais c’est loin d’être suffisant… Car, faut-il le marteler, la dérive de notre civilisation mondialisée provient d’un modèle économique qui nécessite une croissance sans limites sur une planète aux ressources limitées. Pourquoi une telle nécessité ? Parce que notre système économique établi sur faire de l’argent avec de l’argent doit piller sans vergogne pour se maintenir.

Comment ? À chaque fois qu’une banque centrale détermine son taux d’escompte (son taux directeur appliqué aux banques du pays concerné), elle fait un pari sur un taux de croissance de l’économie. Comme la monnaie réelle n’occupe qu’un faible pourcentage de celle qui circule, c’est un vaste système de prêt et d’emprunt de monnaie scripturale (nourri par l’apport d’intérêts liés au taux directeur) qui sert de rouage à ce système kafkaïen . Ce système, fondé sur la détention de capital, s’effondrerait s’il n’avait plus le combustible de la croissance pour le maintenir. Voilà pourquoi il brûle tout sur son passage, ressources forestières, ressources halieutiques, ressources minérales et surtout… les ressources énergétiques fossiles.

Celles-ci sont centrales pour son maintien: car ce système ne carbure qu’à l’énergie pour alimenter toutes les machines sur lesquelles repose la production qu’il génère: c’est son sang! Les quatre cinquièmes de cette énergie sont d’origine fossile, l’éolien et le photovoltaïque ne comptant que pour 1,7 %, le nucléaire pour 1,9 %. Or l’humanité est entrée en contraction énergétique depuis qu’elle a passé le pic du pétrole conventionnel en 2008, le pétrole conventionnel constituant les trois quarts du pétrole consommé. Qui plus est, c’est celui possédant le plus haut taux de retour énergétique permettant de fournir l’énergie requise pour toutes les autres activités économiques. Car les sources de pétrole non conventionnel (sables bitumineux, exploitation offshore, pétrole de roche-mère, etc.) ont des taux de retour énergétique en moyenne quatre fois plus bas.

Alors quand le retour du balancier viendra plomber les lendemains qui chantent que restera-t-il de ces modestes initiatives? Montréal devra-t-il être déserté par des populations à la dérive laissant en ruines cette Maison de la coopération? Les extrêmes climatiques rendront-ils arides ces hectares de terre que nous nous employons à sauvegarder en bien commun?

Il me reste sans doute moins de 20 ans à vivre. Que puis-je faire de plus pour laisser aux enfants de l’avenir un futur qui mériterait encore d’être vécu?

Pierre-Alain Cotnoir

À propos de Pierre-Alain Cotnoir

Pierre-Alain Cotnoir se définit comme un coopérateur. De 1975 à aujourd’hui, il s’est impliqué dans de nombreuses coopératives comme la Coopérative étudiante Durocher, la Caisse populaire de l’UQAM, la coopérative à fins sociales Café des Moissons, la Coopérative d’habitation du Châtelet, la FECHIMM, la CQCH, la CDRML, Cooptel, la MC2M, la Coop ADAPTE, et bien sûr la Coop de solidarité WebTV. Détenteur d’un doctorat en éthologie, il s’intéresse plus particulièrement à la transmission des traits culturels et aux dynamiques de changement en regard des différences culturelles telles qu’elles se manifestent dans les attitudes, les pratiques, les valeurs et les modes de vie présents au sein d’une population.

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