Le Covid-19 symptôme de la destruction de notre biodiversité

Sylvie Woods
Montréal

Nous voici au printemps 2020 et le Québec, inscrit dans la mondialisation des marchés, doit confronter
une situation «d’urgence sanitaire» en réponse à la pandémie du COVID-19. Ce pathogène au nom
techno-scientifique, vidée de ses attaches biologique et territoriale, nous entraîne dans un espace- temps
s’apparentant à de la science-fiction par l’inconnu qu’il recèle. Cependant, si la situation nous apparaît si
soudaine, malgré le fait que la maladie de Lyme est implantée au Québec depuis quelques années et que
le SRAS en 2003 a déjà fait ses ravages en Ontario avec plusieurs décès, la menace d’une pandémie nous
semblait bien plus lointaine que les bouleversements climatiques. On se rappellera qu’à l’automne dernier
500,000 Québécois ont manifesté leur inquiétude dans les rues de Montréal face à la situation d’’urgence
climatique déclarée par les scientifiques du GIEC. En fait, la destruction de la biodiversité et le
réchauffement climatique sont des réalités qui se conjuguent réduisant la résilience des écosystèmes
mondiaux comme le démontre Johan Rockström, directeur exécutif du groupe scientifique Stockholm
Resilience Centre de Suède dans sa présentation Beyond the anthropocene.
À l’heure de l’Anthropocène
Rocktröm illustre comment le développement exponentiel des États industriels après 1950 a entraîné les
populations humaines dans une autre période géologique, l’Anthropocène, alors que l’Holocène assurait
la stabilité climatique depuis 10,000 ans, ce qui a permis à l’humanité de se déployer sur la planète.
Cette accélération exponentielle de l’industrialisation mondiale et de la croissance démographique a
déstabilisé tous les écosystèmes qui contribuaient à la stabilité de l’Holocène. Nous sommes de plein
pied dans une nouvelle époque géologique, nous dit Rocktröm. L’humanité s’est ainsi transformée en
principale puissance géologique et elle a surpasse par son empreinte écologique les volcans et les
tremblements de terre, insistent les recherches issues des sciences des systèmes de la Terre. Avec les
menaces pour la vie liées à la destruction de la biodiversité et du réchauffement climatique, l’avenue qui
s’impose au Québec sera de restaurer nos écosystèmes en favorisant leur résilience plutôt que de
poursuivre cette croissance exponentielle, comme le souhaite déjà les milieux économiques.
Dans le même ordre d’idée, dans le présent numéro du Monde diplomatique on pouvait lire avec grand
intérêt une analyse intitulée Contre les pandémies, l’écologie, dressant la généalogie et la multiplication
des pandémies mondiales. Je cite : «Depuis 1940, des centaines de microbes pathogènes sont apparus ou
réapparus dans des régions où, parfois, ils n’avaient jamais été observés auparavant. C’est le cas du virus
de l’immunodéficience humaine (VIH), d’Ebola en Afrique de l’Ouest, ou encore de Zika sur le continent
américain. La majorité d’entre eux (60 %) sont d’origine animale. Certains proviennent d’animaux
domestiques ou d’élevage, mais la plupart (plus des deux tiers) sont issus d’animaux sauvages. »
Cependant, ces pathogènes qui demeurent inoffensifs chez les animaux sauvages deviennent dangereux et
mortels lorsqu’ils sont transmis à un autre animal qui deviendra vecteur de la maladie chez l’humain.» Ce
qui entre en jeu c’est précisément le franchissement de la barrière inter-espèces, d’origines biologique et
écologique.
La cause principale de cette transmission, qu’on évite étonnamment d’aborder dans la déclaration
d’urgence sanitaire actuelle demeure d’origine écologique : la déforestation galopante, l’urbanisation avec
sa densification obligée de l’habitat et l’industrialisation effrénée, la croissance démographique mondiale,
prépondérante en Asie et en Afrique. La pandémie actuelle nous rappelle brutalement que la 6e extinction
des espèces, nous concerne directement aussi au Québec avec la disparition de 60% de la biodiversité
mondiale, conséquence de la surexploitation de nos forêts, la destruction des milieux humides,
l’apparition du phénomène de l’hypoxie (manque d’oxygène) du fleuve Saint-Laurent au Québec devenu
un quasi-désert, l’accaparement des sols pour l’agriculture industrielle avec un usage intensif des
pesticides responsables de l’ érosion des berges favorisant les inondations printanières.
Protéger le vivant comme nous-mêmes
Actuellement, plusieurs pays ont déclarer l’urgence sanitaire pour contrer une pandémie déjà anticipée en
septembre 2019 par l’Organisation mondiale de la santé dans un rapport intitulé A world at risk
Un chapitre s’intitule Se préparer pour le pire : la pandémie d’un virus respiratoire se propage

rapidement (Préparing for the worst : a rapidely spreading lethal respiratory pathogen pandemic). Au
Québec, le gouvernement Legault a agit promptement pour renforcir la résilience du système de santé afin
de sauver des vies et il s’appuie sur un groupe d’intervenants qui peut compter sur la confiance de la
population. L’urgence planétaire est sans contredit une crise sanitaire, mais sa cause est écologique et elle
doit être pris en compte. Si cette pandémie est vraiment prise avec le sérieux qu’elle exige, le
gouvernement du Québec devra faire face à l’impératif écologique dont il est également responsable en
allouant les ressources nécessaires pour restaurer nos écosystèmes et remédier à la perte de biodiversité au
Québec. Cela demandera non seulement une transition énergétique, mais une transformation profonde
afin de revaloriser la richesse intrinsèque de notre habitat vital, en mettant à l’oeuvre dès maintenant une
cellule opérationnelle de spécialistes à la hauteur de la tâche de l’urgence écologique.

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